
Une pièce pour esprits avertis, amateurs d’art dérangeant, punk dans l’âme et allergiques aux faux symboles de pouvoir. Suce ma voiture transforme le cliché macho en créature grotesque, exposée sans filtre ni échappatoire.
Huile sur bois pressé, crin de cheval
Poème associé à l’œuvre
L’humour est un écran noir qui ronge, le sexe est rien, le sexe is boring, suce ma voiture, frotte mon antenne parabolique, enregistre ce poème-ci, merci encore.
Texte : Mario Cholette
Poème créé en direct à l’atelier, à partir de la description de l’œuvre, pour l’exposition aux Foufounes Électriques, puis présenté à l’Inspecteur Épingle.
Suce ma voiture est une œuvre emblématique de ma période du mutationnisme, à la fois crue, ironique et profondément lucide. Peinte à l’huile sur un panneau de bois pressé, elle détourne une scène familière de la culture de bar et de la « cruise » masculine : ce moment où certains hommes brandissent leurs clés de voiture comme un trophée, un substitut de pouvoir, un joujou censé combler quelques failles bien visibles.
Ici, cette logique est volontairement ridiculisée. Le personnage devient un semi-monstre d’apparence satanique, les jambes rongées jusqu’aux os, le corps presque sculpté dans la chair, les muscles et le squelette exposés sans pudeur. Il engloutit une voiture sombre, encore fumante de gaz et de pollution, tout en soutenant le regard du spectateur. Rien n’est caché. Tout est assumé.
L’arrière-plan refuse toute illusion de profondeur rassurante. Pas d’horizon. Un fond vert plat, traversé de lignes courbes bleutées, sur lequel s’inscrit le poème associé à l’œuvre, gratté directement dans la matière comme une inscription primitive, irrégulière, presque gravée dans la surface. Une illusion de clôture rouge et bleue flotte derrière la figure, comme une frontière mentale, sociale ou symbolique.
Le cadre, recyclé et marqué par le temps, devient une extension du propos. Sur la gauche, du crin de cheval s’échappe. Sur la droite, un mélange de crin et de cheveux humains s’entrelace, évoquant des trophées, des souvenirs de conquêtes, des traces laissées derrière soi. Le cadre n’encadre plus : il participe, il raconte, il dérange.
Suce ma voiture est une œuvre pensée pour des regards avertis. Pour des esprits libres, extravertis, un peu punk, capables de rire jaune devant une critique du macho, du pouvoir symbolique et de la vacuité de certaines postures sociales. C’est une pièce que j’aime profondément, parce qu’elle ne cherche ni à plaire ni à rassurer. Elle mord.
Que ce soit pour une œuvre, une collaboration ou une idée à explorer, laissez-moi vos coordonnées et je vous répondrai avec plaisir.